Tant d'années sont passées depuis ces jours où je te demandais ce qu'il y avait d'écrit au tableau car j'étais myope et je ne le savais pas encore. Tant de choses, tant d'évenements qui se sont écoulés, chacun ayant une importance relative pour nous; certaines dont on ne s'est rien dit, d'autre où on a trop dit. Depuis ce jour, et en réalisant toutes les épreuves par lesquelles on est passés, que l'on ait réussi ou échoué, ces subtilités, ces futilités, je me rends compte que l'on a aucun avenir commun. On ne travaillera jamais ensemble, on ne vivra jamais ensemble, on ne partagera jamais les memes moments. Tu appartiens malgrétoi, mais par ton entourage à cette classe d'individus qui ont l'argent nécessaire pour vivre, qui n'ont pas besoin de travailler et qui décident de leur vie ou de leur mort par un simple amour. On sera ennemis malgré nous, obligés l'un de réprimer l'autre si jamais il se manifeste en pensant autrement, voire de le condamner à mort comme cette dame de Gouges qui proposa les droits de la femme et de la citoyenne et fut guillotiné sur le coup deux cents ans avant notre naissance.
Depuis le début je m'en suis rendu compte. Cette aisance que tu as pour parler en public, cette élocution donnée de naissance à ceux qui ont pour vocation la profession de ministre ou d'avocat. Cette aisance aussi, que tu as avec les femmes et que je n'ai pas. Ta culture est differente de la mienne, nos valeurs aussi; tu n'accepterais jamais de boire de la meme paille que moi, à moins que je ne sois ta fiancée. Tu as tout ce que tu as voulu, tout ce que tu veux. Moi aussi, mais je m'en rends compte. Je suis choqué lorsque, lors d'un dîner chez tes parents et familiers, tu as évoqué la misère des indiens que tu as pu observer toi même après ton voyage touristique. Ils vivent comme des animaux, dorment par terre et ne se lavent pas. Tu l'as pourtant dit d'un air ahuri, de la meme facon que je l'aurais dite. Mais ta seule et unique version est maigre, tu ne les considères point comme des hommes, mais bel et bien comme des êtres inférieurs, à qui l'intelligence ne leur est pas suffisante pour dormir sur un matelas et se laver avec du savon tous les jours. Comme les gens qui vivent dans la rue parce qu'ils s'en foutent.
Lors de ce dîner, vous avez parlé de ces maladies aux noms trop compliqués pour se les rappeler qui ravagent des populations entières et de la charité qu'il faudrait que vous exerciez, de gens de votre rang, pour leur venir en aide. Leur lâcher des boites de poisson en conserve, des nécessaires de premiers secours par avion, sans même oser les regarder dans le fond des yeux. Histoire d'avoir la conscience tranquille, bref qu'ils crevent mais on aura essayé de les aider. Qui ne tente rien n'a rien, et qui ne tente rien n'échoue pas non plus.
J'ai même osé, pour ironiser la situation, de demander combien de téléphones se trouvaient dans la pièce et qu'il n'y aura jamais dans 50km² dans un quelconque territoire africain. Il y en avait au moins dix, alors qu'un seul suffit. Avec dix téléphones, on peut revendre les neuf iphones, garder le samsung coulissant qu'on revendra pour un plus économique et aussi utile, et acheter à manger pendant un mois pour 100 personnes. Mais on peut aussi les casser et en racheter pour bénéficier l'entreprise dont on est le propriétaire.
En tout cas, ce mail ne te sera jamais envoyé, du moins dans les années à venir, car je pense que je peux encore profiter de tes richesses pour aider les autres. Les gens comme toi ne sauveront pas la planète du rechauffement climatique en ayant 3 voitures dont un hummer.
Luz.
Ps: j'ai eu des difficultés pour trouver cette image sur Google. A croire qu'il tente de nous cacher des choses.

